Et si la clé pour battre votre record personnel de jogging se trouvait… dans un banal élastique attaché à vos chaussures ? Non, ce n’est pas une suggestion saugrenue lancée au détour d’un vestiaire, mais bien la conclusion d’une étude scientifique qui risque de donner un nouveau look aux coureurs du dimanche… et du marathon !
Quand le génie (et le guépard) s’invite dans vos runnings
Oubliez les chaussures ultra performantes ou les montres connectées obsédées par votre fréquence cardiaque : la prochaine trouvaille en matière de running vient tout droit du laboratoire d’Elliot Hawkes, ingénieur en mécanique à l’université de Santa Barbara aux États-Unis. Sa recette ? Attacher vos pieds ensemble à l’aide d’une bande élastique. Oui, vous avez bien lu – il a même publié un article très sérieux sur le sujet dans la revue scientifique Journal of Experimental Biology.
Si la méthode paraît contre-intuitive, elle n’est pas née d’une soirée bien arrosée chez les étudiants inventifs ! Elliot Hawkes a en réalité puisé son inspiration chez nos cousins félins : le guépard, par exemple, possède naturellement dans les tendons de ses pattes de véritables « ressorts » naturels. Ces adaptations leur permettent de limiter la dépense d’énergie quand ils balancent leurs pattes à toute vitesse.
Le mystère de l’énergie (presque) perdue quand on court
Car, mauvaise nouvelle : lorsque nous courons, la majeure partie de l’énergie que nous consommons s’évapore dans la nature… ou plutôt dans nos jambes ! Pour 10 calories laborieusement brûlées, moins d’une calorie sert réellement à nous propulser vers l’avant à vitesse constante. Les neuf autres ? Elles sont « gaspillées » à supporter le poids de notre corps, à empêcher la chute de notre centre de gravité et à faire valser la jambe qui balance à chaque foulée. Le secret du corps humain explique pourquoi seule l’anatomie humaine permet de prolonger cette activité aussi longtemps.
C’est là qu’intervient la fameuse invention d’Hawkes : créer une sorte « d’exotendon » humain, c’est-à-dire une bande extensible reliant les deux jambes pour soulager le travail mécanique de balancement. Après plusieurs essais (y compris une version fixée aux genoux – pas la plus pratique, apparemment), l’équipe a finalement opté pour une bande fixée aux chaussures : plus simple à mettre en place, et surtout bien plus confortable. La pratique régulière de l’entraînement avec un exotendon pour coureurs pourrait également contribuer à améliorer ses performances.
Comment l’élastique booste votre foulée
L’effet de ce système digne de MacGyver ? L’exotendon applique de subtiles forces d’assistance aux jambes en plein mouvement, ce qui permet d’augmenter naturellement la fréquence des foulées optimales. Les coureurs portant cet accessoire adoptent ainsi une cadence plus rapide, tout en réduisant l’amplitude de chaque enjambée. Résultat : moins d’énergie gaspillée à faire rebondir le centre de gravité, plus de dynamisme et – bonus ! – une efficacité de course qui grimpe de 6,4 % d’après les calculs du chercheur. Si vous souhaitez améliorer votre technique, il peut être utile d’apprendre à courir lentement.
En pratique, là où une personne court en moyenne à environ 90 foulées par minute, l’ajout de la bande élève tout naturellement la cadence à 100 foulées par minute. Moins d’énergie est ainsi perdue à chaque fois que le pied frappe le sol. Hawkes raconte d’ailleurs que porter la bande donne réellement l’impression d’être plus léger, voire plus rapide – « comme une assistance électrique sur un vélo », s’est même enthousiasmé un membre de son équipe.
- L’efficacité de la méthode a été rigoureusement testée pour la course d’endurance ;
- La bande idéale doit mesurer environ 25 % de la longueur de la jambe : assez longue pour ne pas casser quand vous écartez les pieds, assez courte pour ne pas s’emmêler dans la danse de vos chevilles ;
- Attention : l’exotendon ne fait pas de miracles sur la durée. Dès qu’on l’enlève, retour à la foulée normale : pas d’effet d’apprentissage magique…
Les limites de l’élastique (et du style…)
Histoire de ne vexer personne : si vous rêvez d’un podium sur le 100 mètres, passez votre chemin. Aucune preuve ne permet d’affirmer que les sprinters, avec leurs longues foulées et leur explosivité, pourraient profiter du système. Et ceux que l’idée de courir attaché rebute (ou qui redoutent le regard incrédule des passants) devront y réfléchir à deux fois : pour bénéficier de l’effet, il faut courir… avec l’élastique à chaque sortie.
En résumé : une solution aussi surprenante qu’efficace, mais pas pour les fans de sprint. Si vous croisez un joggeur souriant à toute allure, relié par un élastique, ne soyez pas surpris : il vient peut-être de découvrir comment gagner 6,4 % d’efficacité. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on peut imiter le guépard dans son quartier…

Laure partage sa passion pour la course à pied et l’univers du running. Amatrice de sorties matinales comme de défis sur longue distance, elle explore équipements, conseils et tendances. Son objectif : vous accompagner dans votre pratique, quel que soit votre niveau.






